Présentation

Le dialogue entre écriture et art

"Depuis toujours ou presque les deux expressions que sont l’écriture et l’art se sont tenues à l’écoute l’une de l’autre, particulièrement dans le livre. Longtemps, ce fut au gré de l’exception (comme il en va avec Le Songe de Poliphile produit par Alde Manuce en 1499 ou, à la fin du XVIIIe siècle, avec les livres de Blake qui était artiste aussi bien que poète). Ce n’est que dans le dernier quart du XIXe siècle avec la rencontre décisive de Mallarmé et de Manet que le dialogue s’est définitivement noué dans l’égalité des apports. Il devait ne plus jamais cesser.
De 1874 à aujourd’hui, ce n’est en effet qu’une suite ininterrompue d’inventions. Toutes les techniques et tous les angles d’attaque sont sollicités. On trouve autant les livres les plus simples que les dispositifs les plus luxueux. La mise en pages du texte comme l’imbrication de l’image et des mots sont des révélateurs. Le parti d’édition est vraiment alors un parti d’incarnation. La matière du papier frémit.
On passe des grands vis-à-vis classiques, à la belle typographie et aux gravures fastueuses, au livre manuscrit et peint où tout est fait main. L’artisanat est sollicité sous toutes ses formes. Pour le texte, imprimé, lithographié ou calligraphié, comme pour les images, quand triomphent le bois, la lithographie, l’eau-forte ou l’aquatinte, sinon des tentatives à la gouache, à l’encre ou au pastel.
On ne saurait oublier le livre-objet qui tend à la statuaire. On passe de formats moyens à des minuscules ou à des éléphants. Le papier est prépondérant dans sa fragilité et sa tactilité. L’imagination est le moteur de l’avancée. Sur une modalité unique (le dialogue des expressions), on voit défiler un grand nombre de possibles qui visent à briser toute répétition. La surprise est une constante, le renouvellement une obligation.
Les plus grands des artistes et les plus séduisants des auteurs ont apporté à un genre qu’ils contribuaient à fonder une caution merveilleuse. Ils n’en finissent jamais de tout reprendre à zéro, comme si le temps de la création était un pas dans l’inconnu dépourvu d’antériorité. Ce faisant, ils ont élevé le livre de dialogue à un art majeur, reflet exact de l’avancée des modernités."
Yves PEYRÉ

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